I. Introduction▲
Avant de commencer, je me dois de préciser que je ne suis en aucun cas un expert en langages et que je n'ai que peu d'expérience sur ce sujet. Si d'aventure vous veniez à trouver une information fausse, tout retour sera le bienvenu afin d'améliorer le contenu de ce tutoriel.
I-A. Qu'est ce que Boost.Spirit ?▲
Dans la petite famille des parsers C++, Boost nous fournit une bibliothèque de grande qualité, nommé
Spirit.
Spirit est un analyseur syntaxique LL, c'est à dire qu'il va parser l'entrée de gauche à droite et parser récursivement par la gauche
(en anglais LL signifie Left to right -pour le parcours- et Leftmost derivation -pour préciser où se fait l'analyse
récursive).
La syntaxe choisie par l'auteur se veut proche de la syntaxe EBNF (Extended Bachus-Normal Form); cette syntaxe est possible grâce à un
usage poussé des templates C++.
Voici, tiré de la page d'introduction de cette bibliothèque, une syntaxe EBNF suivi de sa correspondance avec Spirit:
group ::
=
'('
expression ')'
factor ::
=
integer |
group
term ::
=
factor (('*'
factor) |
('/'
factor))*
expression ::
=
term (('+'
term) |
('-'
term))*
group =
'('
>>
expression >>
')'
;
factor =
integer |
group;
term =
factor >>
*
(('*'
>>
factor) |
('/'
>>
factor));
expression =
term >>
*
(('+'
>>
term) |
('-'
>>
term));
Quelques concessions ont due être faites afin de coller à la syntaxe du C++ : les espaces signifiant un enchainement de règles sont
remplacés par l'opérateur d'extraction de flux ('>>'), ou encore l'étoile servant à indiquer la présence de 0 ou plusieurs éléments
répondant à une règle précéde la règle au lieu de la suivre.
En sus de cette syntaxe, Spirit permet de définir des actions sémantiques a exécuter lors du succès de l'analyse d'une règle:
std::
vector<
double
>
v;
numbers =
*
(real_p[push_back_a(v)] >>
*
space_p);
Dans cet exemple, le vector v sera rempli de tout les chiffres présent dans l'entrée et séparés par un ou plusieurs espaces. Si l'entrée est "1 2 3.14 42 5", alors le contenu du vector v sera
v[0
] ==
1
,
v[1
] ==
2
,
v[2
] ==
3.14
,
v[3
] ==
42
,
v[4
] ==
5
Les règles real_p (reconnaissance d'un réel) et space_p (tout caractère d'espacement), ainsi que l'action push_back_a (empilement de la valeur reconnue dans un conteneur exposant la méthode push_back()) sont fournies par Spirit. Nous reviendrons plus tard à tout ceci, ne paniquez pas si vous ne comprenez pas encore !
I-B. Qu'est ce qu'un fichier RIB ?▲
Pixar a publié en 1988 des spécifications permettant de standardiser un format de fichier entre applications de modélisations et systèmes
de rendu désirant être compatible RenderMan. Cette spécification, nommée RenderMan Interface Specification, a depuis vu quelques
mises à jours. La version actuelle est la 3.2.1 (datant de Novembre 2005) et est disponible sous la forme d'un PDF à
cette adresse (la version 3.1 est
consultable en ligne).
Ce document contient principalement 2 parties:
- Interface RenderMan
- Langage de Shading RenderMan
Nous allons nous intéresser à la première partie de ce document, l'Interface RenderMan. Cette interface formalise la description d'une
scène 3D sous la forme d'un fichier texte (ASCII) ou binaire. La première forme sera celle que nous allons parser avec Boost.Spirit.
Cette description peut prendre la forme suivante:
# tutoriel.rib
# Exemple de fichier RIB
Display
"exemple.tif"
"file"
"rgb"
Projection
"
perspective
"
"fov"
40
Format
320
240
1
ColorSamples
[
1
0
0
0
1
0
0
0
1
]
[
1
0
0
0
1
0
0
0
1
]
LightSource
"distantlight"
1
"intensity"
1
"from"
[
1
0
0
]
"to"
[
0
0
1
]
LightSource
"ambientlight"
2
"lightcolor"
[
0
.3
0
.3
0
.3
]
# définition du placement de la caméra
Translate
0
0
5
Rotate
45
0
0
1
Rotate
5
0
1
0
WorldBegin
# définition d'un (pseudo-) pacman :)
Color
1
1
0
Surface
"plastic"
"Kd"
0
.75
Sides
2
Sphere
1
-
1
1
280
# Une grosse sphère grise entourant la précédente
Color
[
.5
.5
.5
]
Surface
"matte"
Sphere
10
-
10
10
360
WorldEnd
Dans le cas où vous voudriez vous initier à l'écriture de scènes sous ce format, il existe diverses implémentations compatibles RenderMan
dont Aqsis ou encore
Pixie (tout 2 des implémentations gratuites et open source).
L'image produite (Aqsis) par ce fichier est la suivante :
I-C. L'objectif de ce tutoriel▲
Ce tutoriel a pour but de parser le fichier RIB présenté ci-dessus grâce à Boost.Spirit. Le parser étudié au long de ce tuto sera capable
de reconnaître les commandes utilisées dans ce fichier, non seulement pour les valeurs données ci-dessus, mais pour toutes les valeurs
possibles pour les commandes utilisées.
Pour suivre ce tuto, je vous recommande de vous munir de
la spécification RenderMan 3.2.1 ainsi
que de garder la documentation de
Spirit à portée de main.
L'affichage du résultat de ce fichier ne sera pas étudié dans ce tutoriel.
I-D. Existant assumé▲
Lors de l'analyse de tels fichiers, il y a toute une infrastructure à avoir: gestion de la scène bien sûr, mais aussi des couleurs ou encore
des transformations. Ces classes n'étant pas l'objet de ce tutoriel, elles n'y seront pas étudiées (sauf dans le cas où une
connaissance approfondie d'une méthode est nécessaire à la compréhension de l'analyse syntaxique). L'archive fournissant le code final du tutoriel,
disponible en fin de ce tutoriel, les contiendra mais rien n'est fourni pour l'affichage.
Voici une courte présentation des modules utilisés:
- math: contient les classes mathématiques nécessaires aux positions, aux informations de directions etc...
-
rib: permet de charger un fichier rib, c'est le module qui nous intéresse ici; voici donc quelques infos supplémentaires
- Loader: cette classe permet de charger un fichier et lancer le parsing
- Syntax: cette structure définit la syntaxe d'un fichier rib, ainsi que les actions à entreprendre quand une régle correspond
II. Pour commencer...▲
Spirit offre la possibilité d'analyser une entrée (chaîne de caractère ou fichier texte principalement grâce à une fonction libre nommée parse (d'autres méthodes existent et vous pouvez aussi écrire vos propres parsers). Cette fonction permet de parcourir l'entrée selon deux méthodes:
- Analyse par caractère : chaque symbole est analysé consécutivement, il n'y a pas de notion de groupe de symboles
- Analyse par phrase : l'entrée est analysée par groupes de symboles (suite de "mots" formant des "phrases") ; ce type d'analyse permet de spécifier une règle à ignorer lors de l'analyse de l'entrée
Lors d'une analyse par phrase, il faut spécifier à l'analyseur quelle règle ignorer: ce peut être des espaces
si ce caractère n'est pas important (à l'image du C, du C++ etc...) et éventuellement des commentaires.
Les informations contenues dans les 3 points qui vont suivre sont cruciaux à la compréhension du reste du tutoriel. Si quelque chose vous paraît encore un peu flou à la fin de ce chapitre, je vous conseille d'y revenir et de prendre le temps de le comprendre. Cela facilitera d'autant votre compréhension du reste de ce tutoriel!
II-A. Analyse d'une std::string▲
Nous allons voir rapidement comment lancer l'analyse d'une chaîne de caractères (nous reprendrons l'exemple donné en ):
#include
<algorithm>
#include
<iostream>
#include
<boost/spirit.hpp>
using
namespace
boost::
spirit;
using
namespace
std;
int
main(int
argc, char
**
argv)
{
const
string input("1 2 3.14 42 5"
);
vector<
double
>
values;
parse_info<
string::
const_iterator>
pInfo =
parse(input.begin(), input.end(),
*
(real_p[push_back_a(values)] >>
*
space_p)
);
copy(values.begin(), values.end(), ostream_iterator<
double
>
(cout, "
\n
"
));
return
0
;
}
Sur la ligne de commande, nous obtenons bien les 5 doubles contenus dans notre string:
1
2
3.14
42
5
Analysons d'un peu plus près la ligne qui s'est occupé d'analyser la chaîne:
parse_info<
string::
const_iterator>
pInfo =
parse(input.begin(), input.end(),
*
(real_p[push_back_a(values)] >>
*
space_p)
);
Nous passons ici à la fonction template boost::spirit::parse(...) 3 arguments:
- IteratorT const& first : itérateur vers le premier caractère à analyser,
- IteratorT const& last : itérateur vers le dernier caractère à analyser + 1,
- parser<DerivedT> const& p : la règle servant à l'analyse.
Notons ici que cette fonction dispose d'une surcharge acceptant un paramètre optionnel qui est le parser skip.
Lorsque la fonction est utilisée sans ce parser, l'analyse se fait au niveau du caractère (plus petit élément analysable). S'il est
fourni, alors l'analyse est faite au niveau de la phrase. Le choix est fait ici de travailler par caractère car tout les caractères
sont essentiels. En effet, si nous décidions de sauter les espaces et de procéder à une analyse par phrase, nous aurions obtenu la
sortie 123.14425, car les espaces auraient été ignorés lors de l'analyse.
Par contre, si la syntaxe à analyser dispose de séparateurs clairs, alors l'analyse et l'écriture de règles sont plus simples au
niveau de la phrase. Le C++, le C... sont tous des langages pouvant être analysés à ce niveau car les espaces et les commentaires ne
sont pas utiles à l'analyse et les ignorer ne brise pas la syntaxe.
Après ce petit détour, revenons à notre analyse, et plus précisément au type de retour de parse(). La structure template
boost::spirit::parse_info<IteratorT> doit avoir pour paramètre template le même type que les itérateurs spécifiés pour parse().
Cette structure nous donne quelques informations sur l'état de l'analyseur après l'analyse ; en voici sa composition:
- bool full : true si l'analyse a consommée tout les éléments fournis, false dans le cas contraire,
- bool hit : true si l'analyse a pu consommé au moins une partie de l'entrée, false dans le cas contraire,
- IteratorT stop : itérateur pointant vers l'élément où le parser s'est arrêté (input.end() si full est true),
- size_t length : indique le nombre de caractère(s) ayant été consommé par l'analyseur.
Il est donc aisé de fournir un retour minimal sur l'erreur (offset depuis le début de l'entrée, élément ayant causé problème) sans entrer
dans d'autres détails (un code illustrant ceci sera donné plus bas).
Voyons maintenant le coeur de l'analyse, la règle :
*
(real_p[push_back_a(values)] >>
*
space_p)
Qu'est-ce donc que cet enchaînement cryptique ? Cette règle se décompose en plusieurs éléments:
- real_p : cette règle permet de reconnaître des nombres réels (des doubles plus précisément),
- space_p : il s'agit d'une règle qui saura reconnaître tout type d'espacements (espaces, tabulations, retours chariot et nouvelles lignes)
- push_back_a : il s'agit d'une action sémantique qui va ajouter l'élément au conteneur passé en paramètre (le conteneur doit disposer de la méthode push_back(), et les objets contenus doivent être du type de ce que la règle va renvoyer)
Spirit suit une convention de nommage qui permet d'identifier facilement plusieurs éléments :
- ce qui finit par _p (real_p, space_p...) correspond aux analyseurs fournit avec Spirit,
- ce qui finit par _a (push_back_a, assign_a...) correspond à des actions sémantiques
Le principe des actions sémantiques est d'exécuter du code lorsque la règle à laquelle l'action est rattachée est analysée avec
succès. Ce rattachement est signifié en l'écrivant entre crochets, après la règle qui lui est liée. Les actions sémantiques sont en quelque
sorte des wrappers vers du code à exécuter car ils ne sont pas utilisés immédiatements. Pour cette raison, il ne faut pas utiliser
une fonction normale directement: real_p[values.push_back] ne compilera pas!
Nous savons que nos chiffres sont séparés d'au moins un espace, sauf le dernier élément. Cet enchaînement est signifié par l'utilisation de
l'opérateur >> qui indique qu'une règle, si elle est matchée, est suivi d'une autre régle. La quantité d'espacements étant variables, nous
utilisons ici l'opérateur * qui indique que la règle qui suit immédiatement peut être répétée 0 ou n fois.
Dernier point, nous ne savons pas combien de couple "réel/espacement(s)" nous avons dans la chaîne. Il est donc nécessaire de la répéter 0 ou
n fois elle aussi, mais comment faire ? Une règle peut être créée par une combinaison de plusieurs règles entourées de parenthèses. Par
déduction, faire précéder notre règle nouvellement créée par l'opérateur * permet de formaliser cette répétition éventuelle.
II-B. Analyse d'un fichier▲
Analyser une chaîne, c'est bien pratique, mais comment analyser un fichier texte ?
La librairie Spirit fournit à cet effet un itérateur bien particulier, j'ai nommé file_iterator. Il différe des itérateurs fournis par la
STL en ceci qu'il n'est pas seulement un input iterator, mais surtout un random access iterator. Les input iterator ne peuvent
être utilisés avec Spirit dû à sa méthode d'analyse. Voici comment l'utiliser:
#include
<boost/iterator/file_iterator.hpp>
typedef
char
char_t;
typedef
file_iterator<
char_t>
iterator_t;
(...)
string filepath("file.txt"
);
iterator_t fileStart(filepath);
if
(!
fileStart)
{
cout <<
"Impossible d'ouvrir "
<<
filepath <<
" !"
<<
endl;
return
;
}
iterator_t fileEnd =
fileStart.make_end();
parse_info<
iterator_t>
pInfo =
parse(fileStart, fileEnd, *
(real_p >>
*
space_p));
Un file_iterator doit être paramétré par le type de base qu'il est sensé lire à partir du fichier. Le constructeur prend 3 formes:
- file_iterator() : le constructeur par défaut construit un itérateur invalide,
- file_iterator(std::string filename) : ce constructeur accepte le nom du fichier à ouvrir,
- file_iterator(const base_t& iter) : ce constructeur accepte une référence vers le type de base défini (dans l'exemple, un char_t, c'est à dire, un char.
Si le fichier a pu être ouvert, alors l'itérateur est valide. La création de l'itérateur marquant la fin de l'entrée se fait en appelant
la méthode file_iterator<>::make_end().
Il ne reste plus qu'à passer ces 2 itérateurs à la fonction parse, et le tour est joué!
II-C. Indication des erreurs: 101▲
Avant d'entrer dans le vif du sujet, il nous faut un moyen de savoir à quel endroit de la chaîne l'analyse échoue. Le debugger pourrait
l'indiquer, mais l'obtension de la ligne ayant fait échouer l'analyse peut être un peu laborieux, sans compter que des erreurs de ce type,
au cours de la rédaction d'une grammaire, on en rencontre souvent :)
Voici donc le snippet que j'utilise après un appel à parse pour indiquer le lieu de l'erreur:
if
(!
pInfo.full)
{
if
(pInfo.hit)
cout <<
"Erreur d'analyse (offset "
<<
pInfo.length <<
") a la ligne:
\"
"
;
else
cout <<
"Erreur d'analyse (offset 0) a la ligne:
\"
"
;
while
(*
pInfo.stop !=
0
&&
*
pInfo.stop !=
'
\n
'
&&
*
pInfo.stop !=
'
\r
'
)
{
cout <<
*
pInfo.stop;
++
pInfo.stop;
}
cout <<
"
\"
"
<<
endl;
}
III. Etude du fichier à analyser▲
Avant de commencer à coder, penchons-nous rapidement sur le format d'un fichier RIB. Comme spécifié plus haut, il s'agit d'un fichier texte
ASCII. Chaque commande se présente selon cette syntaxe:
Requête param01 param02 ... paramn
Une requête peut avoir plusieurs formats (différents types d'arguments ou nombre d'arguments différent) si besoin est.
Les paramètres que nous allons supporter sont de type (il y a bien plus de types existants, mais nous nous limiterons à ceux-ci dans ce
tutoriel) :
- Chaîne de caractères (ex: "exemple.tif"),
- Réél (ex: 3.14) ; si un entier est fourni, il sera automatiquement accepté comme nombre réél,
- Tableaux de chaînes de caractères ou de rééls (exclusivement l'un ou l'autre): un tableau est entouré de [ ] (ex: [0.3 0.3 0.3] est un tableau contenant 3 rééls valant chacun 0.3).
- Une couleur : elle peut être écrite sous la forme d'un tuple de n éléments ou sous la forme d'un tableau de n éléments (ex: "1 0 0" et "[1 0 0]" sont des couleurs identiques formées de 3 composantes)
- Un vecteur, point ou une normale : elle peut être écrite sous la forme d'un tuple de trois éléments (x, y et z) ou sous la forme d'un tableau de trois éléments (ex: "1 0 0" et "[1 0 0]" sont des vecteurs identiques)
Un dernier élément qu'il nous faudra analyser, ou plus exactement ignorer, sont les commentaires. Un commentaire commence par un # et se termine à la fin de la ligne (à l'exception des # contenus dans une chaîne où il est traité comme tout autre caractère) :
# Ceci est un commantaire
"# Ceci est une chaîne"
Attention cependant si vous désirez aller plus loin avec les fichiers RIB: une certaine catégorie de commandes sont passées au renderer sous une forme s'approchant des commentaires. Il s'agit des indications structurelles ; elles sont composées de ## suivi immédiatement d'un mot clé, par exemple :
##Frames 60
Dernier point, mais non des moindres, l'analyse sera faite ici par phrase. C'est à dire que nous ignorerons tout ce qui est espacement, retour à la ligne ou encore commentaires car ils ne sont pas important à la bonne analyse du fichier. En bonus, cela permet une écriture plus concise de notre grammaire, en nous permettant de nous concentrer uniquement sur ce que nous avons besoin d'analyser.
Passages concernés de la RISpec:
Définition des types: Section I.2.2 et Appendice C
Indications structurelles: Appendice D (§ D.1.3)
Structure générale recommandée d'un fichier RIB: Appendice D (§ D.1 en intégralité)